LE TRÉSOR DE LA GUIERCE, À PRESSIGNAC



Une famille d’objets dispersés





Cent cinquante ans après l’exhumation du trésor, on peut comparer la découverte de la Guierce à quelques vases de la même époque, récemment entrés dans les musées. Chacune des ces pièces provient de sites fort éloignés les uns des autres, mais certains traits de forme, de technique ou de décor semblent les unir.

Les premières pièces remontent au début de la période (fin du Ier siècle et IIe siècle). Elles sont reconnaissables à un décor assez classique, tel qu’on le retrouve notamment sur la poterie sigillée de la même époque. L’émail est déjà multicolore. Le plus souvent, le motif du décor apparaît en bronze sur un fond d’émail. On peut citer dans ce registre :

- le vase à poignée de Bartlow (Angleterre, Comté de Cambridge, British Museum) ;
- la patère de Linlightgowshire (Ecosse, Musée d’Edinburgh) ;
- la gourde de Pinguente (Buzet,Croatie, Kunst historische Museum, Vienne) ;
- le couvercle en entonnoir conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (provenance inconnue).

Ces pièces montrent que l’émail champlevé multicolore était effectivement utilisé dès la fin du Ier siècle après J.-C. dans le contexte des provinces romaines d’Occident, avec un décor classique. Plusieurs indices permettent de rattacher cette production à des ateliers de bronziers situés sur l’île de Bretagne. On a même découvert ces dernières années dans des fouilles menées à Castleford (Yorkshire) des éléments de moules à pièces en terre réfractaire correspondant au décor de la gourde de Pinguente (Bayley, 2003 et 2006).

Une autre série de pièces, datables des IIe et IIIe siècles, correspond plus étroitement à la typologie du vase de la Guierce. L’émail est encore multicolore, mais il participe aux aplats des motifs, alors que le fond apparaît en bronze. La composition du décor n’est plus du tout classique, même si certains des motifs le sont. Les contrastes et les alternances de couleur sont très marqués. Le décor remplit toute la surface, avec souvent des bandes verticales ou des compositions géométriques qui trahissent des influences non romaines. Voici les pièces que l’on peut rapprocher du vase de la Guierce :

- coupe de Selborne (Woolmer Forest, Hampshire, Grande-Bretagne, Curtis Museum)
- vase d’Ambleteuse (Boulogne, France, British Museum)
- vase de Mérida (Mérida, Espagne, Museo arqueologico nacional, Madrid)
- demi vase de provenance inconnue (Saint-Germain-en-Laye, Musée d’Archéologie nationale).

Ces vases sont très proches car ils utilisent les mêmes motifs de décor. Le vase de Selborne est lié à une urne funéraire en terre cuite et celui de Bartlow est inclus dans une sépulture à incinération sous tumulus.

Le vase d’Ambleteuse a une forme voisine de celui de la Guierce, mais il a perdu son émail. Il a été trouvé accompagné d’une pièce à l’effigie de l’empereur Tacite (275). Ambleteuse était le principal port d’embarquement des militaires romains pour l’île de Bretagne.

Quant à l’usage de ces vases, les auteurs hésitent entre une fonction d’aspersoir, d’encensoir ou de clepsydre, car leur fond, quand il a été conservé, est percé de petits trous. En outre, des traces de fixations d’anses y sont visibles. Il est d’ailleurs étonnant qu’aucun des vases n’ait conservé l’assemblage des pièces inférieure et supérieure.



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